Interview de Raphael Sindaye directeur pays Save the Children International Mali: « La malnutrition n’a pas sa place au Mali »

Après une visite de terrain à la fin du projet de résilience à Yorosso, Raphael Sindaye  directeur pays  Save the Children International Mali nous a accordé une interview exclusive le 26 décembre sur la genèse du projet, les objectifs et les retombées du projet  pour la communauté de Yorosso.

 

Mali24 : Comment est né le projet de la résilience de la sécurité alimentaire à Yorosso ?

 

Ce  projet  a vu le jour à la suite de la sécheresse de 2012.  Cette localité a souvent des problèmes d’eau et de sécurité alimentaire. Après des études de vulnérabilité, nous avons réalisé le projet de résilience au grand besoin de la communauté.

 

RS : Au terme de ce projet, pouvez-nous parlez déjà les résultats ?

 

D’abord on a essayé de renforcer la sécurité alimentaire en identifiant les besoins des enfants en termes de nutrition. Savez-vous que ce qui motive Save the children,  c’est de voir toujours un enfant bien nourri, qui grandi  en bonne santé. Ensuite nous avons fait en sorte qu’il y ait moins d’enfants malnutris. Le 3e élément est le fondement de la résilience qui consiste à faire en sorte que les communautés sachent prévenir les risques notamment la rareté de pluie ou plus généralement les catastrophes naturelles. Pour ce faire,  on a identifié les signes précurseurs et une fois connus, on se prépare en conséquence avant que la saison n’arrive. On cherche les moyens pour stocker les nourritures en fonction des besoins.

 

Qu’est-ce que vous avez fait pour prévenir les risques ?

 

Parlant des signes précurseurs, généralement ces communautés sont souvent au courant de ce qui va se passer dans leur localité. Le paradoxe est qu’il n’anticipe pas. Raison pour laquelle nous avons apporté une solution locale tout en distribuant des bœufs, des charrues, des semences améliorées qui ont permis de doubler la production du maïs hybride.  Ce qui est important c’est de voir les villageois se regrouper pour gérer les moyens d’existence.  Il ne faut pas surtout voir que la production a doublé mais plutôt le mécanisme. La preuve est que 525 ménages ont bénéficié de l’aide  dans trois communes. Comme autre résultat, on peut citer le renforcement de la nutrition à Yorosso.  La mise en place du comité d’alerte précoce est à saluer car ce comité composé des villageois avertit les autorités à partir des signes précurseurs. Voilà ce qui est derrière ce projet de résilience.

 

Pourquoi insistez-vous sur la solution locale ?

 

 Il faut toujours chercher des solutions locales pour des problèmes globaux,  en allant voir exactement ce qui fait exister nos communautés. Je ne dis pas que tout est bon dans leur pratique, mais il s’agit de prendre les bonnes choses.  C’est pourquoi la technologie et l’intelligence doivent être au service du savoir local. Nous avons investi à peu près 3 milliards FCFA dans la lutte contre la malnutrition tout en soignant les malnutris. C’est le cas de la plante Moringa, un arbre qui a vertu nutritive incontestable. Nous nous sommes dit que cette plante a  une vertu et pourquoi ne pas demander aux communautés de la cultiver. Vous imaginez la maman qui a un petit gamin malnutri, elle met le produit dans la bouillie, le lendemain le petit garçon se porte bien.  Au lieu d’acheter les produits qui viennent d’ailleurs, il faut cultiver les produits qui sont chez nous.  Si on est  arrivé à  conditionner ces produits on pourrait le faire comme source de revenu. C’est pour ces raisons que nous avons pensé à introduire le Moringa dans leur alimentation.

 

Quel jugement faites-vous sur l’équipe qui a conduit ce projet sur le terrain? 

 

D’abord, il faut féliciter l’équipe en place.  D’après les témoignages que nous recueillons sur le terrain la communauté est contente de nous. Réciproquement nous sommes  aussi fiers d’eux pour leur participation à la réalisation du projet. Même  vous la presse, les gens se demandent pourquoi on vous amène avec nous. C’est très simple, c’est  pour  permettre  d’avoir un regard  extérieur sur nos réalisations.  Le jugement que je fais est personnel à travers les rapports que je reçois et  les visites de terrain que je fais régulièrement.  Vous avez été à Yorosso. Aujourd’hui je suis content de l’équipe. Inchallah le projet sera pérennisé.

 

La réalisation d’un projet nécessite un coût, quelle est l’enveloppe budgétaire investie dans sa mise en œuvre ?

 

Cette année nous avons investi 75 millions F CFA , l’année précédente c’était 50 millions. Nous allons voir dans quelle mesure nous pouvons dégager la même enveloppe pour l’année prochaine afin d’approfondir l’expérience de cette année.  Nous pensons que ce projet est porteur et beaucoup de personnes s’y intéressent. Par ailleurs, nous pensons qu’on doit commencer à en parler au secteur privé car des entreprises disposent des machines pour transformer le moringa. Ce qui pourra créer une source de revenu.

 

Quels sont les défis à relever ?

 

A Yorosso, les communautés nous connaissent bien raison pour laquelle nous n’avons pas connu de difficultés majeures. Les communautés ont rapidement accepté notre idée. Pour relever les défis il faut chercher de l’intelligence dans la communauté qui marche et que j’ai toujours évoqué. Par exemple le dal est une nourriture des intouchables en Inde où j’ai servi. Cette plante alimentaire contient des éléments nutritifs. Avec l’intelligence indienne, le dal est conditionné et vendu partout dans le monde pour combattre la malnutrition. C’est ce que je cherche avec le Moringa.  C’est-à-dire aller chercher la perle rare avec technicité dans nos communautés pour relever le défi alimentaire.  

Quel appel avez-vous à lancer à la communauté et aux autorités ?

Une fois de plus, il faut que la communauté sache que le projet commence et fini. Je leur dis d’en profiter pour bâtir le fondement de la société, la sécurité alimentaire.  A l’endroit des autorités, je pense qu’elle doit encourager la solution locale qui est vraiment la vraie décentralisation.  La malnutrition ne doit pas avoir sa place au Mali. Les pays qui se sont développées ont d’abord assuré la souveraineté  alimentaire. Il ne sert à rien d’envoyer un enfant à l’école le ventre creux. Le cas de l’Inde encore un exemple concret.

 

Interview réalisée par Mali24

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